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Dossiers

Donner, partager, vendre à prix libre : les règles sanitaires d'une production non marchande

Le droit alimentaire européen ne s'arrête pas à la vente : donner un aliment au public est une « mise sur le marché », et une association peut être une « entreprise du secteur alimentaire » même sans but lucratif. Ce dossier distingue ce qui reste privé, ce qui relève de la remise directe en petites quantités, et ce qui exige déclaration, agrément ou abattoir.

En bref - La gratuité ne fait pas sortir du droit sanitaire : la « mise sur le marché » couvre toute cession « à titre gratuit ou onéreux », par une entreprise « dans un but lucratif ou non » [1]. - Restent hors du paquet hygiène la production et la préparation pour un usage domestique privé, et les activités occasionnelles sans organisation [2][4]. - Les œufs et le miel bruts cédés directement au consommateur en petites quantités relèvent de règles nationales allégées ; pour les fruits et légumes bruts, aucune règle nationale n'a été trouvée [2][5]. - Viande de boucherie : abattoir agréé obligatoire ; l'abattage familial ne sert que la famille de l'éleveur [7]. Volailles et lapins : tuerie à la ferme possible dans des limites strictes [6]. - Tout détenteur d'animaux, association comprise, doit se déclarer : volailles en mairie, ruches chaque année dès la première, ovins, caprins et bovins identifiés [9][10][11][13].

Information générale au 1er octobre 2026, pas un conseil. La direction départementale de la protection des populations (DDPP) du lieu est l'interlocuteur à consulter avant toute distribution régulière.

1. Pourquoi la gratuité ne suffit pas

Le règlement (CE) n° 178/2002 définit l'entreprise du secteur alimentaire comme toute entreprise « publique ou privée assurant, dans un but lucratif ou non », des activités de production, transformation ou distribution d'aliments. La mise sur le marché y est « la détention de denrées alimentaires […] en vue de leur vente, y compris l'offre en vue de la vente ou toute autre forme de cession, à titre gratuit ou onéreux » (art. 3) [1].

Une association qui cultive et distribue régulièrement sa récolte au-delà du cercle domestique est donc, en principe, un exploitant du secteur alimentaire. Elle répond de la sécurité des aliments qu'elle cède, qu'elle les vende, les donne ou les échange.

Deux portes de sortie existent :

Entre les deux, la zone grise est large : un collectif structuré, avec planning et distribution régulière, a toutes les chances d'être regardé comme une entreprise.

2. La remise directe en petites quantités

Le règlement 852/2004 exclut aussi « l'approvisionnement direct, par le producteur, du consommateur final ou du commerce de détail local fournissant directement le consommateur final, en petites quantités de produits primaires » (art. 1er, 2, c) ; chaque État fixe les règles de ces circuits [2]. Le règlement 853/2004 prévoit la même exclusion pour les produits animaux, et une autre pour les petites quantités de volailles et lapins abattus à la ferme (art. 1er, 3, c et d) [3].

En France, l'arrêté du 18 décembre 2009 fixe ces règles pour les seuls produits d'origine animale (œufs, miel, produits de la pêche, gibier) [5] ; aucune règle nationale équivalente n'a été trouvée pour les végétaux bruts, pour lesquels deux lectures restent ouvertes (voir le dossier « L'association d'intérêt général qui cultive en bénévolat pur ») :

Un produit primaire est brut : légume, fruit, œuf, miel, lait. Dès qu'on transforme (confiture, pain, fromage, conserves, jus), on sort de cette exclusion et le règlement 852/2004 s'applique en entier, à commencer par l'obligation de se faire connaître de l'autorité (art. 6) [2].

3. Les démarches

4. Produit par produit

Produit Cession au public (gratuite ou non) Formalités Texte
Fruits, légumes bruts Remise directe en petites quantités Hygiène de production primaire ; déclaration si activité régulière 852/2004 [2]
Conserves, confitures, pain Règlement 852/2004 entier Déclaration DDPP, plan d'hygiène 852/2004 art. 6 [2][8]
Œufs Directe, sur place ou marché à 80 km Déclaration, code producteur, registre Arrêté 2009, ann. II [5][8]
Miel Directe, limite de 30 ruches Déclaration annuelle des ruches Arrêté 2009, ann. III [5][11]
Lait cru Autorisation préfectorale Cerfa 14788, analyses, étiquetage Arrêté du 13 juillet 2012 [9]
Volailles, lapins Tuerie à la ferme (EANA) dans des limites Déclaration Cerfa 13984 853/2004 art. 1er, 3, d [3][6]
Viande de boucherie Abattoir agréé obligatoire Identification des animaux CRPM, R. 231-6, L. 237-2 [7]

Lait cru

Depuis l'arrêté du 13 juillet 2012, céder du lait cru en l'état au consommateur final suppose une autorisation du préfet (Cerfa n° 14788), sans limite de volume ni de durée [9]. Conditions principales : refroidissement entre 0 et 4 °C sauf vente dans les deux heures, eau potable pour le nettoyage, au moins deux analyses par mois en livraison régulière, et un étiquetage précis : « lait cru, à conserver à +4 °C maximum », date limite de trois jours après la traite, mise en garde pour les personnes fragiles [9]. Les animaux doivent provenir de troupeaux indemnes de tuberculose et de brucellose. Un partage informel du lait d'une chèvre entre voisins reste en pratique hors de vue ; une distribution organisée ne l'est pas.

Viande

L'abattage hors abattoir d'un animal de boucherie est un délit puni de six mois d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende quand il est fait « dans des conditions illicites » (CRPM, art. L. 237-2) [7]. La seule exception courante est l'abattage familial (CRPM, art. R. 231-6 et R. 214-77) [7] : il est réservé à la personne qui a élevé l'animal, pour sa consommation et celle de sa famille. Une association n'a pas de famille. Distribuer à ses membres la viande d'un mouton abattu sur place sort de cette exception. Il faut passer par un abattoir agréé, ou par un abattoir mobile agréé là où il en existe.

Pour les volailles et lapins, la tuerie à la ferme (EANA, CRPM, art. L. 654-3) est possible si [6] : les animaux sont élevés sur l'exploitation ; l'éleveur abat seul, sans prêter ses locaux ; 500 « équivalents-poulets » par semaine et 25 000 par an au plus (une dinde compte pour trois, une caille pour un quart) ; la viande va au consommateur final, sur place ou sur des marchés à 80 km, ou à des commerces locaux ; pas de vente en ligne. La déclaration se fait sur Cerfa n° 13984 [8]. Savoir si une association peut être « l'éleveur » d'une tuerie n'a pas été vérifié.

5. Identification et déclaration des animaux

Ces obligations pèsent sur le détenteur, que l'animal produise ou non pour la vente. Une association détentrice doit désigner une personne responsable.

Ces déclarations ne disent rien du statut agricole de l'association, mais elles la rendent visible : la DDPP, et par croisement d'autres administrations, sait qu'elle élève.

6. Mode de cession et règles sanitaires

Mode de cession Paquet hygiène Démarches
Repas collectif des membres Usage domestique privé probable [2] Aucune, hors déclaration des animaux
Partage régulier entre adhérents Zone grise : entreprise si organisation et continuité [2][4] Déclaration DDPP prudente
Fête annuelle, buvette Activité occasionnelle, hors champ selon la Commission [4] Aucune spécifique
Don à une banque alimentaire Mise sur le marché gratuite [1] Traçabilité, convention [12]
Prix libre régulier Mise sur le marché [1] Comme une vente directe
Vente à un commerce local (80 km) Remise directe, puis agrément au-delà Déclaration, agrément ou dérogation [5]

Ce qui reste incertain

Sources

  1. Règlement (CE) n° 178/2002 du 28 janvier 2002, art. 3, 2 et 8. https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2002/178/oj/fra — repéré le 2026-10-01 (texte cité d'après sa version publiée ; page protégée).
  2. Règlement (CE) n° 852/2004 du 29 avril 2004, considérant 9, art. 1er, 2 et art. 6. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32004R0852 — repéré le 2026-10-01 (même réserve).
  3. Règlement (CE) n° 853/2004 du 29 avril 2004, art. 1er, 3, c et d. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:02004R0853-20211028 — repéré le 2026-10-01 (même réserve).
  4. Commission européenne, communication 2022/C 355/01, orientations sur la mise en œuvre du règlement 852/2004 (activités occasionnelles). https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=oj%3AJOC_2022_355_R_0001 — repéré le 2026-10-01.
  5. Arrêté du 18 décembre 2009 relatif aux règles sanitaires applicables aux produits d'origine animale, version au 12 déc. 2024, art. 2 et 3, annexes II et III. https://faolex.fao.org/docs/pdf/fra196984.pdf ; https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000021533994 — consulté le 2026-10-01.
  6. DGAL/BEAD, « Réglementation applicable aux petites structures d'abattage de volailles », 10 janv. 2020. https://www.angicourt.fr/wp-content/uploads/2024/02/Presentation-EANA.pdf — consulté le 2026-10-01.
  7. Code rural et de la pêche maritime, art. L. 237-2, L. 654-3, R. 214-77, R. 214-78, R. 231-6 (extraits OABA). https://oaba.fr/PDF/CODE_RURAL_abattage.pdf — consulté le 2026-10-01.
  8. Chambres d'agriculture, « Réglementation circuits courts : les déclarations obligatoires » (volailles et œufs), sept. 2022. https://opera-connaissances.chambres-agriculture.fr/doc_num.php?explnum_id=216064 — consulté le 2026-10-01.
  9. Arrêté du 13 juillet 2012 relatif au lait cru remis en l'état au consommateur final. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000026208547 (403) ; résumé : Coordination rurale, 11 oct. 2012. https://www.coordinationrurale.fr/lactualite/infos-et-aides-agricoles/production-et-vente-de-lait-cru-destine-a-la-consommation-humaine-directe-changement-au-1er-octobre/ — consulté le 2026-10-01.
  10. Cerfa n° 15472*02, déclaration de détention de volailles (nov. 2020). https://www.romagnieu.fr/wp-content/uploads/2025/10/aviaire-3-Cerfa_15472-02-detention-volailles.pdf — repéré le 2026-10-01.
  11. Ministère de l'Agriculture, « La déclaration de ruches : chaque année du 1er septembre au 31 décembre ». https://agriculture.gouv.fr/la-declaration-de-ruches-du-1er-septembre-au-31-decembre ; démarche : https://mesdemarches.agriculture.gouv.fr/demarches/particulier/effectuer-une-declaration-55/article/declarer-des-ruches — repéré le 2026-10-01 (page non chargée).
  12. Instruction technique DGAL/SDSSA/2017-551 sur les dons alimentaires ; « Don alimentaire : les règles à respecter ». https://agriculture.gouv.fr/don-alimentaire-les-regles-respecter — repéré le 2026-10-01 (page non chargée).
  13. Préfecture des Landes, « Ovins et caprins : obligations du détenteur ». https://www.landes.gouv.fr/Services-de-l-Etat/Emploi.-Travail.-Solidarites-et-Protection-des-Populations/Service-Veterinaire-Sante-Protection-Animales-et-Environnement/Ovins-et-caprins-obligations-du-detenteur — repéré le 2026-10-01 (page non chargée ; obligations bovines et ovines citées d'après les règles générales, à vérifier).

Information juridique générale, pas un conseil. Tout acte se prépare avec un avocat ou un notaire ; tout point fiscal avec un rescrit ou un expert-comptable.

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