Vendre, échanger, troquer : ce que Terre cultivée peut céder sans cesser de donner
Dans le modèle cible, l'association agricole cultive pour donner. Ce dossier reprend son périmètre seuil par seuil : ce qu'elle peut tout de même vendre, échanger ou troquer, au prix de quelles formalités, et ce qu'elle ne peut céder sans défaire le montage.
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Avertissement. Information juridique générale à jour au 1er octobre 2026, pas un conseil. Trois actes engagent et se préparent avec un notaire et un avocat spécialisés (foncier solidaire, ESS) : la modification des statuts, un nouveau rescrit, un avenant au commodat. Repère de coût, non vérifié : une consultation d'avocat spécialisé se compte en centaines d'euros, la rédaction d'un avenant ou de statuts en milliers. Ce dossier prolonge le modèle cible et renvoie aux dossiers voisins sans les reprendre.
En bref
- Donner reste le plus simple. Glanage, plages de don, grainothèque gratuite, gratiferia : ni recette, ni clientèle, ni travail payé ; seul le sanitaire suit.
- Vendre un peu est possible sans salarié ni chef d'exploitation, si l'association ne vend que ce qu'elle a récolté, à titre accessoire et à tous, et l'écrit : dans ses statuts, où la vente habituelle doit être prévue (C. com., L. 442-10, ancien L. 442-7)1, dans un avenant au commodat approuvé par la SAFER, dans de nouveaux rescrits, dont celui de la MSA, le seul qui dise si des bénévoles peuvent produire ce qui est vendu.
- Les seuils en euros contraignent peu ; c'est donc au montage de fixer les siens, bien plus bas. 46 000 € pour la TVA agricole, 81 051 € de franchise pour les recettes non agricoles, six fêtes de soutien par an2,3 : le seul cas bénévole chiffré a vendu 1 879 € en 20254. Ce qui borne la vente, c'est sa forme, et le temps que le groupe peut donner pour la compter ; dans le cas fictif, elle rapporte moins de 2 000 € par an, à mettre en regard du coût des actes qui l'autorisent (§ 7).
- Le seuil qu'on franchit le plus tôt se compte en heures. Selon l'instruction de 2015, le temps de vente s'ajoute à la surface convertie en heures : entre un huitième et un quart de SMA, on franchit les 150 heures du cotisant de solidarité dès la première heure de vente5.
- Sans euros, ce n'est pas gratuit. Troc, monnaie locale et unités de SEL sont des cessions à titre onéreux, comptées à leur valeur6,7.
- Quatre gestes défont le montage : céder chaque année l'herbe sur pied au même éleveur, lier des produits ou un prix aux heures données, faire remonter une part des ventes au fonds, obtenir du travail contre des unités d'échange.
1. Ce que le montage protège, et ce qu'une cession y touche
Une cession ne ruine par elle-même aucune des six garanties du montage ; elle ouvre pour chacune un mécanisme précis.
| Garantie | Ce qu'une cession peut déclencher | Ce qui l'en garde | Pour le détail |
|---|---|---|---|
| Aucun employeur | des produits ou des unités d'échange remis contre des heures deviennent un salaire en nature | aucune remise, quantité ou priorité liée au travail | Bénévolat et récolte |
| Aucun chef d'exploitation | heures de vente ajoutées à la surface ; dirigeant qui tient seul les espèces | ventes groupées sur peu de journées ; caisse tenue à deux | Sous les seuils, Chef d'exploitation |
| Intérêt général des deux associations | activité lucrative non séparée ; vente réservée aux membres | ventes ouvertes à tous, accessoires, comptées à part | Association d'intérêt général bénévole |
| Gratuité des titres fonciers | part des ventes remontant au fonds ; herbe cédée sur pied | rien ne remonte au fonds ; on ne vend que ce qu'on a récolté | Foncier, commodat, bail, modèle cible § 2.2 |
| Non-lucrativité | impôt sur les revenus agricoles, franchise, règle des 4 P | rescrit avant la première vente ; aucune publicité commerciale | Fiscalité et prix libre |
| Statut des bénévoles | remise réservée, achat prioritaire | un prix unique pour tous | Bénévolat et récolte |
2. Donner, échanger, vendre : ce que dit le droit civil
Donner. Une gratiferia, où l'on prend sans rien rendre, est un don manuel : ni vente, ni vente au déballage, qui vise « les ventes et rachats »88. Code de commerce, art. L. 310-2., mais bien une mise sur le marché alimentaire, cession « à titre gratuit ou onéreux »99. Règlement n° 178/2002, art. 3, 8..
Échanger. L'échange est le « contrat par lequel les parties se donnent respectivement une chose pour une autre » ; les règles de la vente s'y appliquent66. Code civil, art. 1702 et 1707.. Pour la TVA, c'est une double vente dont la base est la valeur de ce qui est reçu77. BOI-TVA-BASE-10-20-30-20120912, § 1 à 30. ; en agriculture, cette valeur entre dans les recettes qui comptent pour le seuil de 46 000 €1010. BOI-TVA-SECT-80-10-20-10-20120912, § 1 à 160.. La loi pénale étant d'interprétation stricte, un troc n'est sans doute pas « offrir à la vente » au sens de L. 442-10 (non jugé).
L'entraide. Seul échange déclaré gratuit par la loi, hors TVA1111. Code rural, art. L. 325-1 et L. 325-2., l'entraide porte sur du travail et du matériel, pas sur des produits, et se noue « entre agriculteurs », qualité exigée des deux parties1212. Cass. soc., 21 févr. 2002, n° 99-16.862.. Terre cultivée a peu de chances d'en être une. La présomption d'entraide pour les semences joue en outre « sans préjudice de la réglementation qui leur est applicable »1313. Code rural, art. L. 315-5. : elle ne lève pas le catalogue officiel.
Le prix libre. Il n'échappe à la vente que s'il n'existe aucun lien nécessaire entre ce qu'on prend et ce qu'on verse (arrêt Tolsma)1414. CJCE, 3 mars 1994, Tolsma, C-16/93, pts 14 à 20. ; le fisc voit un prix dans tout « barème »1515. BOI-TVA-CHAMP-10-10-10-20240214, § 90 à 110.. La formule la plus proche de l'arrêt est décrite au palier 1 (§ 5) ; aucune décision française ne l'a jugée. Voir Fiscalité et prix libre.
Monnaies locales et SEL. Une monnaie locale complémentaire est un titre de paiement émis par une entité de l'ESS « dont c'est l'unique objet social »1616. Code monétaire et financier, art. L. 311-5. : Terre cultivée peut l'accepter sans agrément, pas en émettre, et une vente ainsi payée se compte à parité avec l'euro1717. J.-P. Magnen et C. Fourel, Mission d'étude sur les monnaies locales complémentaires et les systèmes d'échange locaux, avril 2015, p. 42 et 57.. Pour les SEL, le Gouvernement ne tient pour « actes privés » que les services entre adhérents, hors conditions de marché et hors recours à de la « main d'oeuvre »18,1918. Rép. min. n° 18196, JOAN 9 nov. 1998, p. 6140.19. Rép. min. n° 10084, JOAN 7 juin 1999, p. 3477. ; une association n'est pas un particulier. L'affaire du SEL de l'Ariège n'a pas pu être lue : ce dossier ne lui prête aucune issue.
Sortir de l'euro ne fait sortir ni de la vente, ni de l'impôt, ni du droit du travail.
3. Les seuils et plafonds
Codes lus dans leur version consolidée datée en Sources ; BOFiP en vigueur au 1er octobre 2026. « Idem » : valeur inchangée.
| Seuil ou plafond | 2025 | 2026 | Texte | Au-delà |
|---|---|---|---|---|
| Vente habituelle non prévue par les statuts | contravention de 5e classe : 1 500 € (3 000 € en récidive) ; 7 500 € pour la personne morale | idem | C. com., L. 442-10, R. 442-41,201. Code de commerce, art. L. 442-10.20. Code de commerce, art. R. 442-4. ; C. pén., 131-13, 131-412121. Code pénal, art. 131-13, 5° et 131-41. | action d'un concurrent, préjudice présumé2222. Cass. com., 3 mars 2021, n° 18-24.373. |
| Nombre de ventes qui rend la vente « habituelle » | aucun chiffre | idem | Cass. crim., 19 oct. 19922323. Cass. crim., 19 oct. 1992, n° 91-86.998. ; rép. min. de 19932424. Rép. min. n° 2761, JOAN 13 sept. 1993, p. 2944. | faisceau : régularité, tiers, tarifs, publicité |
| Vente au déballage | 2 mois par année civile dans un même local, sur un même emplacement ou dans un même arrondissement ; déclaration en mairie 15 jours avant | 2 mois ; déclaration supprimée le 27 mai 2026 | C. com., L. 310-28 ; loi n° 2026-4032525. Service-public Entreprendre, « Moins de formalités pour les ventes au déballage et les ventes en liquidation », 10 juin 2026. | sanction incertaine ; organisateurs de fêtes foraines ou de manifestations agricoles où seuls des producteurs ou des éleveurs exposent : exemptés (III, 3°) |
| Buvette temporaire | 5 autorisations par an et par association organisatrice ; boissons des groupes 1 et 3 | idem | CSP, L. 3334-22626. Code de la santé publique, art. L. 3334-2. | 3 750 € pour d'autres boissons2727. Code de la santé publique, art. L. 3352-5. |
| Fêtes de soutien exonérées de TVA et d'IS | 6 par an et par organisme | idem | CGI, 261-7-1° c ; 207-1-5° bis2,282. Code général des impôts, art. 261, 7, 1° a à c.28. BOI-TVA-CHAMP-30-10-30-10-20260701, § 50, 150-160, 340-410, 460-580. | la septième entre dans la franchise2929. BOI-IS-CHAMP-30-70-20180404, § 30 à 80. |
| Franchise des impôts commerciaux (recettes lucratives non agricoles) | TVA : 80 011 € ; IS : 81 051 € (exercice clos le 31 décembre 2025) | TVA : 81 051 € ; IS : montant indexé par la loi de finances pour 2027 | CGI, 206-1 bis ; 261-7-1° b30,31,3230. Code général des impôts, art. 206, version du 30 juin 2026.31. BOI-IS-CHAMP-10-50-20-20-20250416, § 1 et 10 (80 011 €.32. BOI-IS-CHAMP-10-50-20-20-20260805, § 1, 10, 90, 140-150 (81 051 €. | impôts commerciaux |
| IS des revenus agricoles d'une association | 24 % du revenu net, sans seuil | idem | CGI, 206-5 b ; 219 bis30,3333. BOI-IS-CHAMP-10-50-20-10-20181003, § 60-80, 210-220, 460-480. | aucun impôt si la culture est « indissociable » de l'objet3434. CE, 22 oct. 1980, n° 04906. |
| Ventes aux membres exonérées de TVA | 10 % des recettes totales | idem | CGI, 261-7-1° a2 | ventes taxables ; cercle restreint |
| TVA agricole : entrée au régime simplifié | moyenne de recettes supérieure à 46 000 € sur deux années civiles, troc compris | idem | CGI, 298 bis, II, 5°3,103. Code général des impôts, art. 298 bis. | TVA collectée dès le 1er janvier suivant ; sortie sur trois ans |
| Franchise en base, opérations non agricoles | 85 000 € l'année précédente, 93 500 € l'année en cours ; services : 37 500 € et 41 250 € | idem | CGI, 293 B, 293 C3535. Code général des impôts, art. 293 B et 293 C. | TVA de droit commun |
| Cotisation de solidarité | quart de SMA pondérée, ou 150 heures, heures de vente comprises selon l'instruction | idem | C. rur., D. 731-343636. Code rural, art. D. 731-34. ; instruction de 201555. Ministère de l'agriculture, instruction technique SG/SASFL/SDTPS/2015-370 du 20 avril 2015, § 1.2.1.2.2 et 1.2.1.3. | déclaration ; cotisation si une personne en tire un revenu |
| Chef d'exploitation | 1 SMA ou 1 200 heures, la surface en dessous de la SMA étant convertie en heures et ajoutée au temps d'activité, vente comprise (L. 722-5, II) | idem | C. rur., L. 722-53737. Code rural, art. L. 722-5. | cotisations minimales dues même sans revenu |
| Critère de revenu (800 SMIC) | 9 504 € | 9 616 € | C. rur., L. 722-5, I, 3° ; D. 722-83838. Code rural, art. D. 722-8. | ne vise qu'une personne déjà au-dessus du quart de SMA |
| Graines du domaine public cédées à des amateurs | aucun plafond de quantité ni de prix | idem | C. rur., L. 661-83939. Code rural, art. L. 661-8. | — |
| Foin cédé comme aliment pour animaux | hors champ pour la fourniture directe, locale, de « petites quantités » à des exploitations locales, sans chiffre | idem | règl. (CE) n° 183/2005, art. 2 et 94040. Règlement n° 183/2005 établissant des exigences en matière d'hygiène des aliments pour animaux, art. 2, § 2, d, et art. 9, § 2. | enregistrement de l'établissement, hygiène du stockage |
| Passeport phytosanitaire en remise directe | aucun plafond ; hors vente à distance et zones protégées | idem | règl. (UE) 2016/2031, art. 814141. Règlement 2016/2031, art. 2, 65, 79 à 81. | 6 mois et 150 000 € pour défaut d'inscription4242. Code rural, art. L. 251-20. |
| Information sur le prix | amende administrative de 3 000 € (15 000 € pour une personne morale) | idem | C. conso, L. 112-1, L. 131-54343. Code de la consommation, art. L. 112-1, L. 112-5 et L. 131-5. | — |
| Balance vérifiée | seulement si le prix dépend du poids ; vérification tous les deux ans | idem | dir. 2014/31, art. 1er4444. Directive 2014/31/UE, art. 1er. | même amende administrative4545. Loi du 4 juillet 1837, art. 9. |
| Marché public sans mise en concurrence (fournitures) | 40 000 € HT | 40 000 € HT jusqu'au 31 mars ; 60 000 € HT depuis le 1er avril 2026 | CCP, R. 2122-84646. Code de la commande publique, art. R. 2122-8. | publicité et mise en concurrence |
| Cession répétée des fruits sur pied | aucun nombre d'années ; deux à trois saisons ont suffi | idem | C. rur., L. 411-1, al. 24747. Code rural, art. L. 411-1. ; CA Amiens, 20234848. CA Amiens, ch. baux ruraux, 4 mai 2023, n° 22/01831. | bail rural au profit de l'acquéreur |
| Cahier des charges SAFER | 10 ans (18 en périmètre périurbain protégé) | idem | C. rur., R. 142-14949. Code rural, art. R. 142-1. | délaissement du bien5050. Code rural, art. L. 141-1. |
| Part de recettes lucratives compatible avec l'intérêt général | aucun pourcentage | idem | BOI-IS-CHAMP-10-50-20-10, § 210-22033 | sectorisation, reçus fiscaux limités au secteur non lucratif |
| Travail dissimulé | 3 ans et 45 000 € ; quintuple pour la personne morale | idem, plus le remboursement des aides publiques du dernier exercice (loi n° 2026-534) | C. trav., L. 8221-3, L. 8224-1, L. 8224-551,5251. Code du travail, art. L. 8221-3 et L. 8221-4.52. Code du travail, art. L. 8224-1 et L. 8224-5. | — |
Deux calendriers. Pour l'IS, perdre une condition de la franchise rend l'impôt dû depuis le 1er janvier ; pour la TVA, l'exonération cesse le 1er du mois qui suit le dépassement30,2.
Ce qui n'a pas de chiffre pèse le plus : l'habitude, la prépondérance, les « petites quantités » phytosanitaires, les années qui font d'une vente d'herbe un bail. On s'en protège par l'écrit (statuts, registre, rescrit), pas par un montant.
La franchise ne couvre pas la récolte : le BOFiP en exclut les recettes taxées au taux réduit de l'article 219 bis32. Vendre ses produits relève de l'impôt de 24 % sur le revenu net, « sauf preuve contraire »33, ou d'aucun impôt si la culture est le moyen de l'objet non lucratif34. La franchise sert à la revente et aux ateliers payants.
4. La matrice geste × régime
Chaque case dit ce que le geste déclenche : rien ; formalité (une écriture ou une démarche suffit) ; seuil (permis sous un plafond ou une condition du § 3) ; bascule (changement de régime) ; exclu (le montage tombe). Le sanitaire n'est jamais « rien » : donner est déjà mettre sur le marché (Aliments hors marché). TC : Terre cultivée ; MC : Maison commune.
| Geste | Impôts | TVA | MSA | Sanitaire, consommation | Statuts | Foncier | Intérêt général | Bénévolat |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Glanage, plages de don, grainothèque gratuite, gratiferia, récolte servie gratuitement par MC | rien | rien | rien | formalité | rien | rien | rien | rien |
| Caisse de soutien sans lien avec ce qu'on emporte | rien (non jugé) | rien (non jugé) | rien | formalité | rien | rien | rien | rien |
| Semences échangées avec un lieu du réseau | rien | seuil si échange | rien | formalité | rien | rien | rien | rien |
| Fête de soutien tenue par TC, avec ventes | seuil | seuil | seuil | formalité | formalité | formalité | formalité | rien |
| Fête tenue par MC, récolte servie gratuitement | rien | rien | rien | formalité | rien | rien | seuil | rien |
| Graines du domaine public vendues en main propre | seuil | seuil | seuil | formalité | formalité | formalité | formalité | rien |
| Greffons fruitiers, porte-greffes au prix d'achat | seuil | seuil | seuil | formalité | formalité | formalité | formalité | rien |
| Bottes de foin faites par TC, vendues à plusieurs acheteurs | seuil | seuil | seuil | seuil | formalité | formalité | formalité | seuil |
| Troc ponctuel de récolte contre fumier, bois, plants | seuil | seuil | rien | formalité | rien | rien | rien | rien |
| Paiement en monnaie locale | seuil | seuil | seuil | formalité | formalité | formalité | formalité | rien |
| Récolte vendue à prix coûtant à MC | seuil | seuil | rien | formalité | formalité | formalité | formalité | rien |
| Étal hebdomadaire à la ferme | bascule | seuil | bascule | formalité | formalité | formalité | bascule | seuil |
| Marché de plein vent | bascule | seuil | bascule | formalité | formalité | formalité | bascule | seuil |
| Jus ou confitures en bocaux, vendus toute l'année | bascule | bascule | bascule | bascule | formalité | formalité | bascule | seuil |
| Vente à une cantine publique | seuil | seuil | seuil | formalité | formalité | formalité | formalité | rien |
| Envoi postal de plants ou de greffons | seuil | seuil | seuil | bascule | formalité | formalité | formalité | rien |
| Vente réservée aux membres | seuil | seuil | rien | formalité | formalité | rien | exclu | seuil |
| Produits ou remise liés aux heures données | bascule | rien | bascule | formalité | rien | rien | exclu | exclu |
| Herbe sur pied, pacage ou fauche par un éleveur, chaque année | seuil | seuil | rien | rien | formalité | exclu | formalité | rien |
| Unités de SEL reçues, dépensées en travail sur la parcelle | seuil | seuil | bascule | formalité | formalité | rien | bascule | exclu |
| Semences non inscrites cédées à un maraîcher | seuil | seuil | rien | exclu | formalité | rien | rien | rien |
Lecture des cases qui comptent. - Impôts, « seuil » : 24 % du revenu net agricole ou rien (§ 3) ; ventes d'une fête exonérées, sauf la part agricole dissociable29. - TVA, « seuil » : dispense au remboursement forfaitaire sous 46 000 € de moyenne3. Un étal tenu par les bénévoles qui cultivent ne rend pas l'activité « assimilable » à celle d'un commerçant ; un local de vente aménagé et permanent, ou une place fixe sur un marché tenue par un personnel affecté exclusivement à la vente (deux conditions réunies), la fait passer au régime général5353. BOI-TVA-SECT-80-10-20-30-20260701, § 30 à 140.. - Sanitaire, « bascule » : sans exploitant, transformer ne relève pas du prolongement de l'acte de production, que la loi réserve à « un exploitant agricole »5454. Code rural, art. L. 311-1. ; la Commission range le jus sous le règlement 852/2004 entier5555. Commission européenne, document d'orientation sur l'application du règlement n° 852/2004, 18 juin 2012, § 3.8 et 6.2.. La vente à distance de végétaux destinés à la plantation exige un passeport phytosanitaire et l'inscription de l'opérateur41. - Bénévolat, « seuil » : fréquence, importance ou publicité font présumer l'activité lucrative au regard du travail dissimulé51. Pour la MSA, voir § 7 ; pour le foncier, § 6.3. Sanitaire, « seuil » (foin) : petites quantités fournies localement à des exploitations locales, sinon enregistrement40.
5. L'échelle des paliers
Cinq paliers, du don au geste qui défait le montage, avec ce qu'il faut écrire pour rester à chacun.
Palier 0 — Donner
Glanage, plages de don, aide alimentaire, écoles et lieux du réseau ; grainothèque gratuite ; greffon fait par l'apprenant ; repas de chantier ouvert ; récolte donnée à Maison commune pour un moment gratuit ; gratiferia. Les règles écrites sont celles du modèle cible (§ 4.2 et § 6).
Palier 1 — Ce qui revient sans être une vente
Une caisse de soutien sans lien avec ce qu'on emporte (non jugé) ; des dons en nature reçus sans rien rendre (fumier, bois, plants) ; des semences reçues d'un professionnel ; des dons croisés de semences avec le réseau ; une fête tenue par Maison commune, la récolte y étant servie gratuitement, sur ses propres quotas de buvettes et de fêtes26,28.
À écrire au règlement. Une caisse unique, loin des produits, sans montant suggéré ni commande, avec l'affichage « les produits sont donnés ; on peut prendre sans donner et donner sans prendre » ; les sommes comptées en dons, sans reçu fiscal avant un rescrit. Un registre des dons en nature reçus, tenu dans le même cahier que la caisse, puis que les cessions au palier 2. Des dons croisés écrits comme deux dons distincts, sans quantités convenues.
Une vente annuelle unique n'y entre que si le commodat et les rescrits la décrivaient déjà ; dans le cas des Communaux du Bief (§ 7), elle relève du palier 2.
Palier 2 — Vendre peu, avec une formalité
Une à six fêtes de soutien par an tenues par Terre cultivée ; graines du domaine public vendues en main propre à des amateurs ; greffons fruitiers, porte-greffes au prix d'achat ; bottes de foin à plusieurs acheteurs ; troc ponctuel compté ; monnaie locale ; à titre d'exception seulement, récolte à prix coûtant pour un repas de soutien de Maison commune, la règle restant le don (§ 8).
À écrire dans les statuts (formulation indicative, à faire valider par un avocat), et déclarer en préfecture dans les trois mois, sans frais5656. Service-public, « Modification des statuts d'une association », fiche F1123, vérifiée le 19 juin 2026. : « L'association peut céder, à titre accessoire et au service de son objet, les produits qu'elle a elle-même récoltés, ainsi que des graines et greffons de variétés du domaine public et, au prix d'achat, des porte-greffes, destinés à des jardiniers amateurs, à prix libre ou fixe, lors de journées ouvertes à tous, dont l'assemblée fixe chaque année le nombre et le plafond. Ces cessions ne sont jamais réservées aux membres ni liées au travail fourni. » Une activité conforme à l'objet est déjà « prévue »5757. Cass. com., 4 déc. 2001, n° 99-20.756., mais la clause expresse est plus sûre ; les autres régimes jugent les faits, pas la clause.
À écrire au règlement. - Calendrier des journées de cession voté en assemblée, avec un plafond annuel de journées, de recettes et d'heures de vente, fixé bien au-dessous des seuils du § 3 ; pour chaque journée, deux personnes à la caisse, jamais les mêmes deux fois de suite. - Prix unique pour tous, ou prix libre avec prix indicatif à la pièce, origine affichée43 ; rien au poids. - Caisse tenue à deux, comptée à deux le soir même, montant signé au registre ; espèces déposées en banque dans la semaine ; plusieurs signataires. - Registre des cessions : date, produit, quantité, montant, paiement, valeur des trocs, heures passées à vendre et nombre de personnes présentes. - Variétés vérifiées du domaine public ; sachets datés, mention « réservé aux jardiniers amateurs » ; ni vigne, ni variété protégée, ni envoi postal, ni plants potagers non inscrits vendus. - Produits des cessions isolés en comptabilité ; charges ventilées selon une clé simple votée en assemblée et revue chaque année.
Hors des statuts. Un avenant au commodat qui admet les cessions accessoires de produits récoltés par l'association, nécessaire parce que l'emprunteur ne peut se servir de la chose « qu'à l'usage déterminé par sa nature ou par la convention »5858. Code civil, art. 1880., avec l'accord de la SAFER pendant le cahier des charges49. Un rescrit fiscal sur la lucrativité (LPF, L. 80 B, 1° : réponse en trois mois)5959. Livre des procédures fiscales, art. L. 80 B, 1° et L. 80 C.. Un nouveau rescrit mécénat (LPF, L. 80 C : sans réponse en six mois, pas d'amende de l'article 1740 A)59, l'ancien ne valant « que pour la situation décrite »6060. BOI-SJ-RES-10-20-20-70-20120912, § 140 à 150.. Une mise à jour du rescrit MSA (C. rur., L. 725-24), opposable tant que la situation de fait n'a pas changé6161. Code de la sécurité sociale, art. L. 243-6-3, III, rendu applicable aux caisses de MSA par C. rur., L. 725-24.. Séquence et rédaction : Rescrits et prises de position.
Palier 3 — Hors du modèle : la vente régulière
Étal hebdomadaire, marché de plein vent, ventes tout au long de la saison ; produits transformés vendus hors des fêtes ; vente à une cantine publique ; envoi postal de plants ; ateliers payants au prix du marché.
Ce qui change : impôt sur les revenus agricoles déclaré, sauf rescrit ; secteur lucratif tenu à part, les dons n'allant qu'au non-lucratif6262. BOI-IR-RICI-250-10-10-20170510, § 90 à 160. ; heures de vente comptées par la MSA ; règlement 852/2004 entier pour le transformé ; passeport pour l'envoi postal ; SIRET et facture électronique pour une cantine publique46. Ce palier suppose un rescrit MSA favorable, faute de quoi il heurte la deuxième garantie ; il ne prolonge pas le palier 2, il suppose une décision collective de changer de modèle. Aucune association bénévole du corpus ne vend ainsi (§ 9).
À écrire. Un objet élargi aux cessions régulières ; le secteur lucratif décrit dans les statuts et dans le rescrit ; une règle de prépondérance votée en assemblée, en recettes et en heures, sur trois ans, faute de pourcentage légal33 ; un plafond annuel d'heures de vente, suivi au registre et relu à chaque assemblée.
Palier 4 — Jamais dans ce montage
| Geste | Pourquoi | Où lire |
|---|---|---|
| Quantité, priorité ou prix liés aux heures données | contrepartie du travail, distribution indirecte | Bénévolat et récolte |
| Remise réservée aux bénévoles, vente réservée aux membres | cercle restreint ; au-delà de 30 % du prix public, avantage entier réintégré en cas de requalification | 62,6363. FNA, « Les réductions tarifaires en faveur des salariés sur les biens et services vendus par l'entreprise », 12 nov. 2024, rapportant le BOSS. |
| Part des ventes, don de l'agricole ou taxe foncière au profit du fonds | contrepartie du commodat, donc bail rural | modèle cible § 3 |
| Herbe sur pied, pacage ou fauche cédés à un tiers | sous-mise à disposition, bail rural, délaissement | § 6.3 |
| Travail obtenu contre des unités de SEL | « disposer de main-d'oeuvre », employeur de fait | 19,51 |
| Émettre sa monnaie ou des bons prépayés | réservé à une entité de l'ESS dédiée ; vente payée d'avance | 16 |
| Semences non inscrites à un professionnel ; vigne ; variété protégée | commercialisation interdite, une contravention par sachet | 64,6564. Cass. crim., 8 janv. 2008, n° 07-80.534.65. Code rural, art. R. 661-35. |
| Salarié vendeur, local de vente permanent | fin du non-employeur ; TVA de droit commun | 53 |
| Une association par parcelle pour rester sous le quart de SMA | abus de droit social | Sous les seuils |
À écrire : ces interdits, dans les statuts de Terre cultivée et dans le commodat, pour que le fonds puisse les opposer.
6. Trois gestes à régler finement
6.1 La fête de soutien
C'est la porte la mieux documentée28. Une manifestation de soutien appelle la générosité du public et ne reproduit pas l'objet à titre habituel : une fête de récolte annuelle convient, un marché hebdomadaire non. Les recettes du jour sont exonérées de TVA et d'IS, buvette comprise, sauf la part agricole dissociable, qui reste soumise à l'impôt sur les revenus agricoles29. Terre cultivée est visée comme toute association à gestion désintéressée. Si Maison commune organise et lui reverse une partie du bénéfice, Terre cultivée est « considérée comme » organisatrice : la fête compte dans les six de chacune ; le reversement total n'est pas prévu. Le plus sûr : un seul organisateur par fête, écrit d'avance. Une manifestation agricole où seuls des producteurs ou des éleveurs exposent échappe, pour son organisateur, à la limite du déballage (qualité de « producteur » non jugée)8 ; un stand de savons ou de nappes lui fait perdre l'exemption.
6.2 Graines, plants, greffons
Depuis la loi du 10 juin 2020, la cession « à titre gratuit ou à titre onéreux » de semences de variétés du domaine public à des utilisateurs finaux non professionnels échappe aux règles de commercialisation, sauf les règles sanitaires relatives à la sélection et à la production, sans limite de quantité ni de prix39. Quatre bornes : - la vigne et les matériels forestiers de reproduction sont hors du champ ; pour la vigne, même sa cession gratuite est interdite si le matériel n'est pas conforme65 ; - les jeunes plants potagers relèvent d'une directive sans réserve d'usage commercial : vendre des plants de variétés non inscrites est exposé, les donner l'est moins6666. Directive 2008/72/CE, art. 3 et 9. ; - un greffon de pommier ou de poirier ancien remis à un amateur échappe à la directive fruitière, qui ne vise que la cession « en vue d'une exploitation commerciale »6767. Directive 2008/90/CE, art. 2. ; - la remise directe dispense de passeport, pas la vente à distance, ni la Corse pour les hôtes du feu bactérien41,6868. Règlement d'exécution 2019/2072, annexes III et XIII, version initiale..
Vers un professionnel qui cultive pour vendre, toute cession est une commercialisation, gratuite ou non : variété inscrite obligatoire6969. Décret n° 81-605 du 18 mai 1981, art. 1er et 2., sous peine d'une contravention par sachet64.
6.3 Le foin et les fruits sur pied
La cession exclusive des fruits « lorsqu'il appartient à l'acquéreur de les recueillir ou de les faire recueillir » relève du statut du fermage, sauf si le cédant prouve que le contrat ne visait pas une utilisation répétée et n'entendait pas éluder ce statut47. La cour d'appel d'Amiens a confirmé un bail sur deux factures de « ventes d'herbe » (2017, 2018), l'acheteur ayant cultivé trois saisons48. Les déclarations MSA ou PAC ne décident pas7070. Cass. 3e civ., 22 oct. 2020, n° 18-24.558. ; le juge doit rechercher l'exclusivité7171. Cass. 3e civ., 11 juil. 2019, n° 17-18.644..
Deux règles pour Terre cultivée. Vendre des bottes, jamais de l'herbe : coupés, les fruits sont meubles7272. Code civil, art. 520., et une vente de bottes faites par les membres sort, selon le texte, du statut (non jugé) ; ni matériel ni main de l'acheteur sur la parcelle, plusieurs acheteurs, aucun contrat annuel. Aucun animal tiers en pâture contre argent, service ou produits : la prise en pension d'animaux relève aussi du statut du fermage quand les charges du propriétaire du fonds passent au propriétaire des animaux47. Le foin vendu est un aliment pour animaux : hors petites quantités fournies directement à des exploitations locales, l'établissement doit être enregistré et le stockage suivre les règles d'hygiène40. Emprunteuse, l'association ne peut d'ailleurs pas céder l'usage : le prêt doit permettre « de se servir personnellement de la chose »7373. Cass. 1re civ., 18 févr. 2009, n° 08-11.234.. Pendant le cahier des charges, ce serait aussi une opération sur la jouissance sans accord de la SAFER, sanctionnée par le délaissement50.
7. Les Communaux du Bief, recalculés
Le cas fictif du modèle cible compte 3 ha, dont un potager, une forêt-jardin et 1,2 ha de prairie et de verger. Hypothèse : surface pondérée ramenée sous le quart de SMA, mais au-dessus du huitième. Cessions plausibles, au palier 2 (volumes et prix supposés, non vérifiés) :
| Cession | Quand | Volume | Par an | Régime |
|---|---|---|---|---|
| Fête des greffes, tenue par Terre cultivée | février | 120 greffons donnés ; 40 porte-greffes à 3,50 € (prix d'achat) ; 150 sachets de graines à 2 € | 440 € | fête n° 1 |
| Fête de la récolte, tenue par Terre cultivée ; buvette de Maison commune | octobre | fruits et légumes à la pièce, prix libre avec prix indicatif ; pressoir prêté où chacun presse lui-même les fruits qu'il a pris, sans jus pressé, vendu ni embouteillé par l'association (§ 4, Sanitaire, « bascule ») | 900 € | fête n° 2 |
| Bottes de foin | juillet | 60 petites bottes pressées par les membres ou par un prestataire payé, jamais par l'acheteur, à au moins trois acheteurs | 240 € | vente agricole occasionnelle |
| Troc avec un éleveur voisin | une fois | fumier contre légumes | 150 € (valeur reçue) | recette agricole |
| Caisse de soutien aux plages de don | saison | — | 400 € | dons, sans reçu (non jugé) |
| Semences avec trois lieux du réseau | hiver | dons croisés | 0 € | hors champ |
Ce que disent les seuils. - Recettes agricoles : 1 590 € (récolte 900, graines 300, foin 240, troc 150 ; porte-greffes revendus exclus), 3,5 % du seuil de 46 000 € ; aucune TVA3. Porte-greffes : 140 €, vendus pendant une fête, hors franchise. Fêtes : deux sur six ; une buvette sur cinq pour Maison commune. - Impôt sur les revenus agricoles : de 0 €, si un rescrit admet que la culture est indissociable de l'objet34, à environ 350 € (24 % d'un revenu net d'environ 1 450 €, après imputation d'environ 140 € de charges, soit 10 % de charges de culture supposées à 1 400 € et ventilées selon la part cédée (hypothèse) ; si l'on impute des charges plus larges selon les règles des bénéfices agricoles, ce revenu peut tomber à zéro). - Ventes et troc : 1 730 €, du même ordre que les 1 878,57 € des jardins partagés de Montfrin en 202544. Association « Ça pousse à Montfrin », comptes annuels 2025 publiés au Journal officiel des associations.. Avec la caisse, environ 2 100 € bruts, dont 140 € de porte-greffes revendus sans marge : entre les deux tiers et la totalité, ou plus, du fonctionnement de l'agricole, estimé à 1 500 à 3 000 € par an (modèle cible § 7.3). Accessoire en droit, la vente deviendrait la première ressource : les deux fêtes deviendraient nécessaires au budget, et une fête annulée creuserait l'année. Le budget voté ne doit donc pas supposer ces recettes acquises : une année sans fête doit rester tenable par les cotisations libres et les dons.
Ce que cela coûte. Une modification des statuts déclarée sans frais ; trois rescrits sans frais, trois à six mois de délai (trois mois pour le rescrit fiscal, six pour le mécénat)59 ; un avenant au commodat, honoraires de notaire (« en milliers » d'euros selon l'avertissement, non vérifié : une ou plusieurs années de cessions) et accord de la SAFER jusqu'en 2038 ; la vente déclarée à l'assureur ; un registre, et des heures non chiffrées : comptage des caisses, dépôts en banque, tenue du cahier, décompte des fêtes, bilan du secteur. Pas de balance si le prix est à la pièce. Pour le SIRET, la vente ajoute un motif d'inscription si elle rend l'association « soumise aux obligations fiscales des entreprises », par exemple l'impôt de 24 % (lecture non jugée)7474. Code de commerce, art. R. 123-220.. Une facture, en revanche, pour le foin et le troc conclus avec des éleveurs, qui achètent pour leur activité professionnelle7575. Code de commerce, art. L. 441-9. ; calendrier de la facturation électronique à vérifier.
Le point faible : les heures. Selon l'exemple de l'instruction de 2015, un cinquième de SMA (240 heures) plus 120 heures de marché font 360 heures et assujettissent à la cotisation de solidarité5 : au-dessus du huitième de SMA, la première heure de vente franchit les 150 heures. Un appui reste : la cotisation n'est due qu'« à raison d'un acte d'exploitation procurant des revenus professionnels »36, mais la caisse nationale réserve la qualité de cotisant de solidarité à une personne physique7676. MSA, « La cotisation de solidarité », mise à jour du 2 janv. 2025. : le contrôleur cherchera donc la personne qui « dirige » les ventes, et le risque passe de l'association à son président. Au mieux, une déclaration et la contribution formation ; au pire, un contrôle qui tient les bénévoles produisant la récolte vendue pour de la main-d'oeuvre d'exploitation51 ; mais l'écart entre le décret et l'instruction n'a jamais été jugé. Trois choix, à faire avant la première fête : 1. décrire les deux fêtes dans le rescrit MSA, en posant d'abord la question des bénévoles qui produisent ce qui est vendu, puis celle des heures (trois à six mois de délai ; garde les 1 730 € de cessions, au risque d'une réponse défavorable) ; 2. ou confier la fête de la récolte à Maison commune, la récolte y étant servie gratuitement (palier 1), et ne garder à Terre cultivée que la fête des greffes (cessions ramenées à environ 830 €, la récolte redevenant un don), à condition que Maison commune ait les bras pour porter la fête ; 3. ou réduire la surface pondérée sous le huitième de SMA (moins de récolte à donner : le coût porte sur l'objet même de l'association).
Dans la frise du cas, tout se place en 2029, avant la première fête.
8. Ce que la vente change pour le fonds et pour Maison commune
| Partie | Ce que la vente peut lui faire | Comment l'éviter |
|---|---|---|
| Fonds | part des ventes, don de l'agricole ou taxe foncière payée par elle : contrepartie du commodat, donc bail rural | aucune somme de Terre cultivée vers le fonds |
| Fonds | un fonds qui finance les activités lucratives d'autrui est réputé lucratif30 ; ses donateurs perdent leur appui | clause 1 précisée ; ventes de l'agricole accessoires et séparées |
| Fonds | délaissement demandé par la SAFER pour une cession sur pied faite par l'usagère50 | interdiction écrite au commodat ; accord de la SAFER sur l'avenant |
| Maison commune | fête organisée pour Terre cultivée, comptée dans les six de chacune28 | un organisateur par fête ; décompte tenu dans chaque association |
| Maison commune | récolte donnée pour un repas payant : charges transférées vers un secteur lucratif, dons fiscaux de l'agricole qui financent l'offre d'une autre33 | règle du modèle cible maintenue ; à défaut seulement, au plus une fois par an : repas de soutien dans les six, récolte facturée à prix coûtant, sans engagement de quantités et jamais payée sur des fonds publics |
Relations privilégiées. La doctrine ne les retient qu'avec des « organismes du secteur lucratif »7777. BOI-IS-CHAMP-10-50-10-30-20120912, § 10 à 40. : pas entre les deux associations, mais bien avec un éleveur ou un restaurateur servi régulièrement à bas prix.
Clause 1 du fonds, précisée (proposition à valider par le notaire) : « … en confier gratuitement l'usage à des organismes sans but lucratif d'intérêt général, pour leurs activités non lucratives ; une cession accessoire des produits récoltés par l'usager, prévue par ses statuts et par son titre, dans les limites que celui-ci fixe et sans aucune somme ni avantage au profit du fonds, n'en change pas la destination. » La clause 4 vise alors la sous-mise à disposition, le bail et toute cession qui sort des limites de l'avenant, pas chaque cession qui y reste. La modifier relève du verrou (modèle cible § 2.3) : à faire avant la première vente.
Convention tripartite : qui organise quelle fête ; décompte des fêtes et des buvettes, sur une feuille commune relue à chaque assemblée des deux associations ; aucune aide financière entre les associations (modèle cible § 4.2).
Un comptoir séparé ? Admis par la doctrine33, il ne sort pas la vente de l'agricole (s'il achète la récolte, l'agricole vend) et ajoute une entité et des sièges. Un secteur comptable suffit.
9. Ce que font les lieux qui vendent un peu
| Lieu | Ce qui est cédé, et comment | Ce qu'on en sait |
|---|---|---|
| Verger des Croqueurs de Secondigny | jus des bénévoles ; plants greffés pour les adhérents, « en partenariat avec un pépiniériste »7878. Croqueurs de pommes des Deux-Sèvres, « Vente pour nos adhérents ». | aucun compte publié ; qui vend les plants n'est pas dit |
| Verger des Croqueurs de Puyricard | deux journées portes ouvertes par an, « vente au profit de l'association » d'arbres, de boutures et de fruits, avec des exposants tiers7979. Croqueurs de pommes de Provence, statuts et tract des journées portes ouvertes 2026. | non employeuse ; statuts sans clause de vente de fruits ni d'arbres |
| La Marinie | pain et savons en magasin de producteurs | l'association agricole a eu des salariés en 2023 ; aucune redevance visible dans les comptes du fonds de 2023 à 20258080. Fonds de dotation Antidote, comptes 2025 publiés au Journal officiel des associations. |
| Jardins partagés de Montfrin (Gard) | 1 878,57 € de ventes en 2025, 31,5 % des produits | non employeuse ; aucun secteur lucratif4 |
| Jardins d'insertion | 87 925 € à 124 840 € de ventes par an | employeurs, financés surtout par des subventions8181. Jardin Soli-Bio, comptes 2024 publiés au Journal officiel des associations. |
| Bourse aux greffons associative | greffons gratuits ; porte-greffes à 3,50 € ; arbres greffés à 10 € | février 20268282. Croqueurs de pommes Bar-Der-et-Perthois, prochaines manifestations. |
Aucun contrôle publié ne vise une petite vente associative ; ce silence ne prouve aucune tolérance. Celles qui vendent peu resserrent la forme ; celles qui vendent en circuit marchand ont des salariés. Les sources lues ne disent pas combien d'heures coûtent, chez les premières, le comptage et les registres. Un nom sur une étiquette relève aussi du droit des marques : un tribunal a retenu en 2024 l'usage « dans la vie des affaires » d'une association de croqueurs8383. TJ Lyon, 2 avr. 2024, n° 21/04605..
10. Mises à jour des dossiers voisins
Ces précisions ont été reportées le 1er octobre 2026 dans les dossiers voisins : - Modèle cible, § 6 : graines du domaine public cédées gratuitement ou à titre onéreux à des non-professionnels, ni vigne ni plants potagers non inscrits vendus39. - Fiscalité et prix libre, § 5 : franchise datée (80 011 € pour la TVA de 2025, 81 051 € ensuite et pour l'IS clos fin 2025), exclusion des revenus agricoles, ventes aux membres sous 10 %32. - Sous les seuils, En bref : heures de vente et de transformation ajoutées à la surface convertie selon l'instruction de 20155. - Aliments hors marché, § 1, 4 et 6 : œufs au seul consommateur final, 80 km et 30 ruches réservés aux produits d'origine animale8484. Arrêté du 18 décembre 2009 relatif aux règles sanitaires applicables aux produits d'origine animale, art. 1er et 2, annexes II et III., fêtes de village rattachées au guide de la Commission de 201255. Les autres précisions (L. 442-10 du code de commerce, fin de la déclaration de déballage, section du BOFiP sur les relations privilégiées, ancienne valeur de 78 596 €) ne visaient que des notes de travail : aucun dossier publié ne les reprenait.
Ce qui reste incertain
- Heures : pour le seuil de chef d'exploitation, la loi convertit la surface en heures (L. 722-5, II) ; pour le quart de SMA, seule l'instruction de 2015 le fait dès qu'il y a vente, D. 731-34 non. Jamais jugé ; c'est l'incertitude qui pèse le plus.
- Revenus agricoles : impôt de 24 % ou aucun, selon la portée de l'arrêt de 1980 pour une association dont le don est la destination.
- Habitude : entre une fête annuelle et un étal hebdomadaire, aucune décision.
- Prix libre : hors champ pour un bien qu'on emporte ? Quel affichage ? Prise de position formelle de la DGCCRF possible43.
- Six manifestations : fête tenue par une association au profit exclusif de l'autre.
- Qualités d'« agriculteur » pour l'entraide et de « producteur » pour le déballage : non jugées.
- Bottes vendues par le cédant, cession par un emprunteur, délaissement SAFER pour un fait de l'usager : non jugés.
- Part de recettes lucratives compatible avec l'intérêt général : aucun pourcentage.
- Enregistrement sanitaire des exploitants végétaux : voie française non trouvée ; question écrite à la DDPP.
-
Plants potagers non inscrits vendus par une association bénévole : non jugé.
-
Bénévoles qui produisent ce qui est vendu : la MSA peut-elle y voir de la main-d'oeuvre d'exploitation, surtout pour des ventes à des éleveurs professionnels ? C'est la première question à poser dans le rescrit MSA, avant celle des heures.
- Foin : « petites quantités » fournies localement, sans chiffre40 ; 60 bottes cédées à trois éleveurs voisins pourraient y entrer : question à poser à la DDPP.
- Prix coûtant de la récolte cédée à Maison commune : non défini. Si les heures bénévoles ne sont pas valorisées, le coût est presque nul, et un contrôle peut y voir un transfert de valeur vers le repas de Maison commune.
- Preuve de la manifestation de soutien : quelles pièces écrites (appel à la générosité affiché, affectation exclusive des recettes) établissent qu'une fête où l'on vend sa propre récolte en est une. Non documenté.
- Concurrence déloyale : des statuts conformes ne ferment pas l'action d'un concurrent en responsabilité de droit commun (dénigrement, confusion, prix anormaux)8585. Code civil, art. 1240..
- Charge du groupe : le corpus ne dit ni combien d'heures administratives coûte une année au palier 2, ni qui décide de ce qui part à l'étal plutôt qu'au don, ni comment se transmet le cahier quand son teneur s'en va, ni qui estime la valeur des trocs. Il ne dit rien non plus de ce que la vente fait au groupe (malaise du prix indicatif, partage entre ceux qui vendent et ceux qui cultivent). Ce sont des inconnues, pas des points réglés.
- Garde-fous non écrits : aucune clause de retour au palier 1 si le plafond voté est dépassé deux ans de suite ; aucune règle de priorité sur les six fêtes et les cinq buvettes de Maison commune ; aucun plafond statutaire de la part des ventes dans les ressources de l'agricole (Montfrin : 31,5 %4 ; le cas du § 7 : 60 % à plus de 100 % du budget de fonctionnement) ; la vente à une cantine (palier 3) crée une dépendance à la commande publique qui n'est pas traitée comme un canal de capture.
- Ordre des choses : la vente régulière précède-t-elle l'emploi salarié ? Plausible, non démontré ; la chronologie de La Marinie reste à établir.
- Chiffrage à compléter : bilan net sur plusieurs années (gain propre au palier 2 face aux actes), comparaison des trois choix du § 7 (recette, délai et risque, ce que chacun retire au don), variante « palier 1 seul », heures de vente par fête face aux 150 heures.
- Textes à relire avant publication : les décisions12,22,34,48,57 et73 et le BOSS (remise de 30 %, connue par63 seulement) n'ont pas été recontrôlés lors de cette révision ; les seuils du § 3 l'ont été sur les codes consolidés et les BOFiP datés en Sources.
Retour au modèle cible.
Lexique
- Commodat — Prêt à usage, « essentiellement gratuit » : l'emprunteur se sert lui-même de la chose, selon la destination convenue (C. civ., 1875 s.). Approfondir.
- Gratiferia — Marché gratuit où l'on prend sans rien rendre ; en droit, une suite de dons manuels, qui reste une mise sur le marché alimentaire.
- Vente habituelle — Vente répétée qu'une association ne peut faire que si ses statuts la prévoient (C. com., L. 442-10) ; appréciée sur un faisceau, sans seuil chiffré. Approfondir.
- Cotisant de solidarité — Personne qui dirige une exploitation entre le quart de SMA, ou 150 heures, et le seuil d'affiliation comme chef d'exploitation (C. rur., D. 731-34). Approfondir.
- Cession — Transfert d'un bien à autrui, gratuit (don) ou onéreux (vente, échange) ; le droit sanitaire traite les deux de la même façon.
- Règle des « 4 P » — Produit, public, prix, publicité : grille fiscale qui dit si une activité en concurrence avec le marché reste non lucrative. Approfondir.
- Vente au déballage — Vente dans un lieu non destiné à la vente au public, limitée à deux mois par année civile dans un même local, sur un même emplacement ou dans un même arrondissement (C. com., L. 310-2). Approfondir.
- Échange, troc — Contrat par lequel chacun donne une chose pour une autre ; les règles de la vente s'y appliquent (C. civ., 1702 et 1707). Approfondir.
- Entraide agricole — Échange gratuit de travail et de moyens d'exploitation entre agriculteurs, hors TVA (C. rur., L. 325-1). Approfondir.
- Monnaie locale complémentaire — Titre de paiement adossé à l'euro, émis par une entité de l'ESS dont c'est l'unique objet (CMF, L. 311-5). Approfondir.
- Franchise des impôts commerciaux — Exonération d'IS, de CFE et de TVA des recettes lucratives accessoires d'un organisme non lucratif, sous 81 051 € en 2026 (CGI, 206-1 bis) ; elle ne couvre pas les revenus agricoles. Approfondir.
- Cercle restreint — Organisme qui sert les intérêts de ses seuls membres ; il perd l'intérêt général. Approfondir.
- Bail rural — Statut d'ordre public de toute mise à disposition onéreuse d'une terre agricole, étendu à la cession exclusive et répétée de ses fruits sur pied (C. rur., L. 411-1). Approfondir.
- Sectorisation — Séparation comptable d'un secteur lucratif ; les dons ne financent alors que le secteur non lucratif. Approfondir.
- Remboursement forfaitaire agricole — Régime de TVA par défaut de l'exploitant agricole sous 46 000 € de recettes moyennes : il ne collecte pas de TVA (CGI, 298 bis). Approfondir.
- Prolongement de l'acte de production — Transformation ou vente que la loi rattache à l'agriculture quand elles sont exercées par un exploitant agricole (C. rur., L. 311-1). Approfondir.
- Passeport phytosanitaire — Étiquette officielle qui accompagne la circulation des végétaux destinés à la plantation ; non exigée en remise directe à un utilisateur final, sauf vente à distance et zones protégées (règl. (UE) 2016/2031). Approfondir.
- Manifestation de soutien — Fête ou vente qui appelle la générosité du public au profit exclusif de l'organisme ; six par an sont exonérées de TVA et d'IS (CGI, 261-7-1° c). Approfondir.
- Utilisateur final non professionnel — Acquéreur qui cultive pour son propre usage, sans exploitation commerciale de la variété (C. rur., L. 661-8). Approfondir.
- SMA — Surface minimale d'assujettissement : surface fixée par département, pondérée selon les productions, qui mesure l'activité agricole pour l'affiliation à la MSA ; une SMA équivaut à 1 200 heures de travail (C. rur., L. 722-5 et L. 722-5-1). Approfondir.
- Rescrit — Prise de position formelle d'une administration sur une situation de fait décrite par écrit, qui lui est opposable tant que cette situation ne change pas : fiscal (LPF, L. 80 B), mécénat (LPF, L. 80 C), social agricole (C. rur., L. 725-24). Approfondir.
- IS — Impôt sur les sociétés ; une association le doit sur ses activités lucratives hors franchise et, au taux de 24 %, sur ses revenus agricoles (CGI, 206 et 219 bis).
- ESS — Économie sociale et solidaire : associations, coopératives, mutuelles, fondations et sociétés qui en remplissent les conditions (loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014).
- MSA — Mutualité sociale agricole : régime de protection sociale des exploitants et salariés agricoles ; elle affilie les chefs d'exploitation et appelle la cotisation de solidarité.
- SAFER — Société d'aménagement foncier et d'établissement rural : elle acquiert et attribue des biens agricoles en imposant à l'attributaire un cahier des charges (C. rur., L. 141-1, R. 142-1).
- Délaissement — Obligation pour l'attributaire d'un bien de la SAFER de le lui rendre, à sa demande, au prix fixé par le cahier des charges, s'il n'en respecte pas les engagements (C. rur., L. 141-1). Approfondir.
Sources
Codes lus dans leur version consolidée locale : Code de commerce et CGI à jour du 1er septembre 2026, Code rural du 30 septembre, Code civil du 29 juillet, Code de la sécurité sociale et Livre des procédures fiscales du 1er octobre ; Code de la santé publique, Code pénal, Code du travail, Code monétaire et financier, Code de la consommation et Code de la commande publique dans les exports LEGI de codes.droit.org. Légifrance refusant les lectures automatiques, ses liens sont donnés par identifiant. Décisions lues en texte intégral sur Juricaf, sauf mention.
- Code de commerce, art. L. 442-10 (ordonnance n° 2019-359, ancien art. L. 442-7) : Légifrance, LEGIARTI000038414222, consulté le 2026-10-01.
- Code général des impôts, art. 261, 7, 1° a à c (version du code local au 1er sept. 2026) : Légifrance, LEGIARTI000054374042, consulté le 2026-10-01.
- Code général des impôts, art. 298 bis : Légifrance, LEGIARTI000044873402, consulté le 2026-10-01.
- Association « Ça pousse à Montfrin », comptes annuels 2025 publiés au Journal officiel des associations : DILA, consulté le 2026-10-01.
- Ministère de l'agriculture, instruction technique SG/SASFL/SDTPS/2015-370 du 20 avril 2015, § 1.2.1.2.2 et 1.2.1.3 : info.agriculture.gouv.fr, consulté le 2026-10-01.
- Code civil, art. 1702 et 1707 : Légifrance, LEGIARTI000006442597, consulté le 2026-10-01.
- BOI-TVA-BASE-10-20-30-20120912, § 1 à 30 (échange) : BOFiP, consulté le 2026-10-01.
- Code de commerce, art. L. 310-2 (loi n° 2026-403 du 26 mai 2026) : Légifrance, LEGIARTI000054139825, consulté le 2026-10-01.
- Règlement (CE) n° 178/2002, art. 3, 8 : EUR-Lex, consulté le 2026-10-01.
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